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La vychyvanka, et pourquoi le costume de scène n'en est pas une

La chemise brodée est plus ancienne que le point de croix, plus sobre en couleur qu'on ne croit, et n'est pas ce que portent les ensembles folkloriques. Comment un compromis soviétique a produit le costume que le monde prend pour la tenue ukrainienne.

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Si vous avez vu un ensemble folklorique ukrainien se produire — satin brillant, larges bottes rouges, maquillage de scène appuyé, point de croix en fil fluo —, vous avez vu une chose qui porte un nom en ukrainien : charovarchtchyna.

Ce n'est pas un compliment. Et l'écart entre ce costume et une véritable chemise brodée est le sujet de ce texte.

Ce qu'est réellement une vychyvanka

La vychyvanka — la chemise brodée — est l'élément du costume traditionnel qui a survécu le plus complètement jusqu'à aujourd'hui. On la porte encore, on la coud encore, elle signifie encore quelque chose.

Sa forme moderne descend du roubychtché, longue chemise-tunique portée sur ces terres jusqu'au premier millénaire de notre ère. La plus ancienne chemise brodée trouvée sur le territoire ukrainien date du Néolithique tardif. L'art de la broderie lui-même remonte à l'époque scythe.

Les chemises de femmes étaient longues — souvent jusqu'aux chevilles — et l'ourlet dépassait sous la plakhta ou la jupe. Et voici la première chose qui surprend : le tissu de base n'était pas blanc au sens moderne et blanchi du terme. Il était crème, grisâtre, jaunâtre — la couleur qu'ont réellement le lin et le chanvre.

Les couleurs étaient plus sobres qu'on ne croit

C'est ici que la plupart des reproductions modernes se trompent.

Le fil à broder était teint avec ce qu'on pouvait cultiver, cueillir ou échanger, et les teintures naturelles ne produisent pas d'éclat acide. La palette était sourde : des rouges de garance tirant sur le brun, des indigos tirant sur le gris, des ocres, des verts doux.

Le noir pur était réellement difficile à obtenir. Ce qui se lit comme du noir sur les chemises anciennes est généralement un brun très foncé ou un bleu très foncé. Une chemise brodée d'un noir saturé, sur une toile d'un blanc optique, avec un fil qui brille, vous dit qu'elle est récente — quoi qu'elle prétende par ailleurs.

La technique la plus ancienne de toutes est le blanc sur blanc : le motif exécuté dans un fil de la couleur du tissu, lisible seulement par la texture et la façon dont la lumière l'accroche. C'est le contraire de la chose tapageuse que l'on attend.

Le point de croix n'est pas la technique principale

Demandez à quiconque hors d'Ukraine d'imaginer la broderie ukrainienne : il imaginera du point de croix. Ce n'est pas faux, mais c'est tardif.

Le point de croix n'est devenu largement populaire qu'au XIXe siècle, et sa diffusion a eu un moteur nettement moderne : les patrons imprimés. Les grilles étaient distribuées sur les emballages de savon. Un produit commercial a fait entrer une technique précise dans chaque maison, et en deux générations elle avait chassé de l'imaginaire commun des points plus anciens et régionalement variés.

Il existe bien d'autres techniques — passé empiétant compté, jours, nyzynka, ajourage — et les traditions régionales diffèrent nettement. Tenir le point de croix pour la broderie ukrainienne revient à peu près à tenir un dialecte pour la langue entière.

D'où vient alors la charovarchtchyna ?

Ici l'histoire cesse de parler textile et se met à parler politique.

Sous Khrouchtchev, pendant la période dite du Dégel, la demande de culture ukrainienne n'avait pas faibli malgré tout ce que le régime avait fait auparavant pour l'étouffer. La réponse fut, du point de vue du régime, parfaitement logique : vous voulez de la culture, vous aurez de la culture — mais celle que nous désignerons.

On créa donc des collectifs de chant et de danse en costumes simplifiés, chargés de satisfaire cette demande sous une forme contrôlée. Les costumes furent conçus pour la production de masse, la fabrication rapide et la visibilité scénique, et ils s'éloignèrent régulièrement de tout ce qui était régionalement précis. Il en est sorti un « look folklorique » pan-ukrainien générique, qui n'avait jamais existé nulle part comme vêtement réel.

C'est ce look que le monde a ensuite appris comme tenue nationale ukrainienne. On l'a exporté, photographié, imprimé sur des cartes postales, et reproduit par des ensembles de la diaspora qui en avaient hérité de bonne foi.

L'argument scénique, et pourquoi il ne tient pas

La défense habituelle : la scène, c'est différent, les artistes doivent être vifs et visibles depuis le dernier rang.

Mais la vraie tenue ukrainienne est déjà vive et déjà visible. Elle n'est catégoriquement pas terne. Un costume régional authentique — avec ses couches de textiles, son métal, son corail, ses ceintures tissées — ne se perdra pas sur une scène. Il sera plus beau que la version synthétique, et il ressemblera à quelque chose plutôt qu'à rien de particulier.

L'argument de visibilité ne survit donc pas au contact des vêtements réels. Ce qui survit, c'est l'inertie : les costumes existent, les ensembles les possèdent, les remplacer coûte de l'argent, et personne dans la chaîne n'est tenu de demander d'où vient le modèle.

Pourquoi cela pèse plus lourd pour les artistes que pour quiconque

Les ensembles qui interprètent chants et danses « populaires » sont, qu'ils le veuillent ou non, les principaux porteurs de la culture ukrainienne pour la plupart des spectateurs — surtout à l'étranger. Toute l'image qu'un spectateur étranger se fait de la tenue ukrainienne peut venir d'un seul concert.

C'est une responsabilité. Elle implique de connaître l'histoire, de comprendre pourquoi le brillant synthétique et le maquillage clownesque ne sont pas des choix neutres, et d'accepter d'intégrer progressivement la tenue régionale réelle au costume de scène.

D'autres pays y parviennent. Regardez les spectacles folkloriques presque partout en Europe : vous trouverez des compagnies qui ont fait le travail de recherche et s'habillent en conséquence, sans synthétique agressif.

Ce qu'il faut regarder à la place

Si vous voulez une chemise reliée à la tradition et non à un compromis scénique des années 1960 :

  • Le tissu : lin ou chanvre, dans sa couleur propre plutôt qu'un blanc optique.
  • Le fil : sourd plutôt que fluorescent. Palettes de teintures naturelles, ou bonnes imitations.
  • La technique : idéalement autre chose que le point de croix — ou du point de croix employé sciemment, non par défaut.
  • La région : une vraie. La broderie ukrainienne n'est pas un style unique : motifs, couleurs et coupes diffèrent sensiblement d'une région à l'autre, et une chemise qui appartient à un lieu précis dit la vérité sur elle-même.

Et la remarque pratique que fait l'auteure du texte d'origine, digne d'être répétée : les chemises modernes, plus courtes, s'accordent parfaitement non seulement aux jupes mais aussi aux pantalons et aux jeans. Ce n'est pas un costume. C'est un vêtement, et ça l'a toujours été.

La correction est en cours

Pendant que des gens explorent leurs racines et restaurent la tenue traditionnelle, des ensembles issus du système soviétique continuent de porter au-dehors une image déformée — et, pire, de la présenter à l'étranger comme la vraie.

Cela mérite d'être dit clairement, et mérite d'être corrigé.

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